Morse

Ce plan, c'est l'avant-dernier de ce long métrage suédois signé par Tomas Alfredson. C'est ce plan d'une dizaine de secondes où Eli retient par la main Oskar dans la piscine. Il est à lui-seul la quintessence du lyrisme sanglant que l'on retrouve dans Morse. Car l'innocence de la rencontre de ces deux jeunes bambins va se mettre en parallèle avec l'horreur sidérante des mises à mort d'une créature nocturne qui a besoin de tuer pour se nourrir. Pourtant, tout n'est que grâce et beauté dans ce film. D'abord parce que les deux acteurs sont formidables. Attachants. Bouleversants. Mais aussi parce que la mise en scène glaciale redéfinit la notion-même de travelling. Tantôt horizontaux, tantôt verticaux. Inquiétants, c'est certain. Proches du génie, il n'y a qu'un pas.
Une atmosphère sombre et pénétrante qu'on ne doit pas uniquement au cadrage, mais aussi à la voluptueuse froideur des décors hivernaux. Stockolm ne vous glaçera jamais autant l'échine que dans ce film qui n'a pas grand chose à envier aux grosses productions hollywoodiennes.
C'est ce perpétuel équilibre entre mort glaçante et amour solaire qui impressionne. Parce qu'on est loin des conventions classiques du buveur de sang typique et que l'on s'amuse de celles-ci. Parce que le cinéaste privilégie la tension psychologique de son histoire en s'intéressant avant tout aux personnages et évite le grandilocant navrant que l'on retrouve trop souvent dans les adaptations télévisuelles et cinématographiques des enfants de Dracula.
Bref un choc. Une parfaite antinomie au récent Twilight - Chapitre 1 : fascination, à la différence que Morse réussit là où le film de Catherine Hardwicke échoue. Ou, pour rester dans la comparaison, si Gus Van Sant avait fait d'Elephant un film sur les vampires, cela aurait donné Morse. Rien que ça.
En bref : L'affiche se permet de citer Guillermo del Toro affirmant que ce film est le plus poétique et le plus obsédant qui soit. Je suis relativement d'accord avec lui. Et vous le serez aussi.
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