[Box Office semaine 14] Safa(i)ri(re) les oiseaux !  

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"Quoi, du zouk !?" s'exclameront certains. "Azariel, le ouf toujours habillé en noir avec ses bagues goth', son manteau long en cuir sorti tout droit de Matrix, le metalleux de service qui n'a pas compris que Nirvana c'est has been, qui cite dans une blague franchement foireuse une chanson de La Compagnie Créole ?!" argueront d'autres. Bah oui. C'est ça d'être né en 1980.


The Top :
  • Le tandem Kad et O fait toujours recette ! Safari entre directement à la première place du box office. Ne l'ayant pas encore vu, je vous pose la question : chatouille-t-il nos zygomatiques ou dois-je passer mon chemin ?
  • À quelques encablures, Prédictions d'Alex Proyas occupe la seconde position. Presque 500 000 entrées pour sa première semaine, le film devrait flirter avec le million d'entrées en fin de carrière. Nice shot !
  • Monstres contre Aliens commence plutôt bien, même si l'on est loin des recettes obtenues par Madagascar 2 sur notre territoire. En même temps, difficile de rivaliser avec le précédent DreamWorks, avec le peu de salles équipées pour la 3D et si loin des fêtes de fin d'année...
  • La Première étoile, Coco, Gran Torino, et Welcome continuent leur bonhomme de chemin. Trois jolis succès qui sont pour certains mérités. Besoin de citer le(s)quel(s) ?
  • Duplicity et Les 3 royaumes avancent lentement mais sûrement. 500 000 fauteuils occupés pour les films de Tony Gilroy et John Woo serait, sur notre territoire, un résultat convenable. Faut-il qu'ils y parviennent.

The Flop :
  • Pourtant septième au classement, difficile de considérer que les 176 764 otakus s'étant déplacés pour voir l'adaptation cinématographique du manga le plus connu au monde soit un succès. Dragonball Evolution déçoit, fait rire, énerve, mais une chose est sûre, il ne plait pas. On ne se demandera même pas pourquoi.
  • La Véritable histoire du Chat botté atterrit à la douzième place avec ses 71 886 spectateurs. Cela en fait, mine de, des tortionnaires de la jeunesse ! Pauvres enfants qui ont dû supporter durant 1H20 un tel calvaire...
  • En revanche, seulement 31 0005 preneurs pour Frost / Nixon, l'heure de vérité, c'est inexplicable. Surtout que le long métrage signé Ron Howard est vraiment bon. Enfin bon, est-ce vraiment étonnant, puisqu'à part intéresser les historiens, politiciens, américains, ou cinéphiles...
  • Gros "splouf" pour Les Cavaliers de l'Apocalypse que j'espère voir demain ou après-demain (y'a Zhang Ziyi dedans, j'vais pas le louper quand même !) avec 29 171 spectateurs et une dix-septième place au box office.
  • Tokyo Sonata ne décolle pas non plus, et ne cumule que 20 041 curieux pour un total de 46 460 spectateurs après deux semaines d'exploitation. C'est ARP Sélection qui doit être content.

On se quitte sur ce petit classement hebdomadaire publié à la bourre (désolé !) vous permettant de songer au fait que si vous avez préféré aller voir Fast & Furious 4 à Ponyo sur la falaise, c'est que vous n'avez pas de goût ! (je sais, aucun rapport).

Dragonball Evolution  

Posted by Azariel in

On craignait que 2009 ne soutienne pas un instant la comparaison côté perles avec 2008 tant des chefs-d'oeuvre tels The Spirit ou Alien vs. Predator - Requiem avaient placé la barre haute. Très haute. Mais grâce à James Wong, on atteint des sommets incommensurables , au point qu'aucun Oscar, aucune médaille, aucun Razzie ne serait être à la hauteur de l'évènement à célébrer. Oui chers lecteurs, Dragonball Evolution est un nanar cosmique, une nullité intergalactique, une tâche cancérigène dans les entrailles hollywoodiennes, une hérésie cinématographique, la quintessence de la stupidité humaine, le ridicule à son paroxysme, une expérience cinéphile qui écoeure à défaut de pousser au suicide. Bref, une daube.

Non pas que nous soyons surpris de nous retrouver face à un tel résultat, les bandes-annonces successives dévoilées sur la toile étaient suffisamment explicites (et honnêtes sur la qualité de la marchandise : c'est assez rare pour être souligné...) pour que nous sachions à quoi nous attendre. D'autant que le choix de laisser la mise en scène à un cinéaste (si on peut appeler ce type un "cinéaste") comme James Wong, monsieur Destination finale et The One, n'était pas pour nous rassurer. La seule question intelligible que l'on pourrait essayer de formuler si nos neurones arrivent encore à fonctionner après avoir été contaminés par l'imbécillité qui émane de cette comédie satirique (ou film d'action, selon le point de vue) serait : "pourquoi ?"

Non, cette photographie n'est pas tirée de Buffy contre les vampires. Un indice : c'est (je crois) un Namek...

Oui, pourquoi un tel traitement avec l'oeuvre cultissime d'Akira Toriyama ? Car pour ceux qui débarquent de la lune à défaut de la planète Végéta, Dragon Ball est LE manga qui déferla sur le monde entier tel un raz-de-marée faisant passer celui du Jour d'Après pour une attraction aquatique à Disney Land. Créé par le papa de Docteur Slump en 1984 suite au succès d'une première expérience, Dragon Boy, en 1983, Dragon Ball est assurément la bande dessinée japonaise la plus connue et la plus vendue à travers le monde (42 tomes au total, 250 millions d'exemplaires vendus contre 225 millions d'exemplaires pour les 24 albums des Aventures de Tintin et Milou). Plus encore, le tournant Dragon Ball Z (le manga étant dès lors moins axé sur l'humour et beaucoup sur les combats spectaculaires) est à l'origine de l'exploitation à grande échelle de la japanimation en dehors de l'archipel nippon, et cela bien avant qu'Akira n'entre en scène. Et encore, nous ne parlerons même pas des produits dérivés découlant du phénomène, entre les goodies et les nombreuses adaptations vidéoludiques... En somme, il y eut un avant et un après Dragon Ball. En France, alors que nous étions berçés par Goldorak depuis 1978 ou encore par Cobra dès 1985, la série animée déboule sur TF1 en 1988 grâce au Club Dorothée. Aux côtés des Chevaliers du Zodiaque, autre série culte diffusée la même année, Dragon Ball permit aux dessins animés japonais d'intégrer pleinement la culture française, faisant de notre pays le second plus gros consommateur de mangas au monde (derrière le Japon, cela va de soi).

Cette parenthèse historique pour à nouveau poser la question du "pourquoi ?". Car s'il est une oeuvre issue de la culture populaire nippone qui aurait mérité une adaptation cinématographique avec des moyens, portée par un casting de luxe, mis en scène par un réalisateur digne de ce nom, c'est bel et bien Dragon Ball. C'est d'ailleurs peut-être là la plus grande faiblesse d'Hollywood à ce jour, à savoir une incapacité totale à respecter les cultures différentes, à ne pas comprendre l'art de la narration et le sens de l'esthétisme européen et oriental, à se borner à l'american way avec des producteurs interventionnistes capables de transformer l'or en plomb. Il n'y a qu'à voir le destin des réalisateurs étrangers sur le territoire américain pour s'en convaincre : côté français, Pitof et Mathieu Kassovitz en ont récemment fait les frais. Même un maître comme John Woo s'est vu contraint de jeter l'éponge et de retourner en Chine pour signer à nouveau un grand film.

Oui, oui, c'est bien Bulma et Sangoku.

Vous constaterez qu'au final, cet article parle relativement peu du film en lui-même. Mais que peut-on en dire ? Souligner que les acteurs sont ridicules, que les effets spéciaux ont dix ans de retard, que la mise en scène est caricaturale et maladroite, que le travail d'adaptation est inexistant, qu'il règne un chaos qui est autant dû à l'univers futuristico-débilarum qu'à la conduite narrative, cette dernière confondant vitesse et précipitation, peu aidée il est vrai par le scénario, simpliste au possible ? La liste des détails prêtant à rire serait trop longue à énumérer, et ce "film" ne mérite pas que l'on s'y attarde plus longuement. Néanmoins, que l'on soit fan ou non du manga, il y a un point que tous les spectateurs auront en commun : il faudra un effort titanesque pour réussir à ne pas vômir son repas de communion devant Dragonball Evolution. Vous voilà prévenus.


En bref : Mouhahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahaha !!

Rang : E

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Monstres contre Aliens  

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Le bon : il aura fallu attendre que DreamWorks Animation se retrousse les manches pour que l'on ait enfin un film d'animation en 3D. Le premier du genre, car il a été pensé et conçu pour la 3D, contrairement à d'autres essais réalisés en 2D puis gonflés en 3D. Sous l'impulsion de Jeffrey Katzenberg, grand manitou du film d'animation aux côtés de John Lasseter, le studio américain nous livre avec Monstres contre Aliens un long métrage faisant office de petite révolution technologique bourrée de références que les cinéphiles se plairont à pointer du doigt. Grâce à son humour décapant et à ses personnages atypiques, on se laisse facilement embarquer dans cette histoire un peu folle de monstres génétiquement modifiés appelés à protéger la Terre contre une invasion extraterrestre.

Le moins bon : la volonté louable de percer avec la 3D semble avoir fait oublier à DreamWorks qu'un film ne se résume pas uniquement à son aspect visuel, tout aussi réussi soit-il. Ainsi, l'histoire est légèrement simpliste et le tout manque parfois de rythme. De même, il est dommage de constater que Monstres contre Aliens perd beaucoup de son intérêt en 2D, et fait pâle figure face aux créations de Pixar, plus alléchantes tant sur le plan visuel que scénaristique. Il manque un brin de profondeur et de finesse au long métrage de Rob Letterman et Conrad Vernon pour jouer dans la cours des grands, même si les moins grands trouveront aisément leur bonheur. On pourrait également souligner le manque d'envergure de la VF, mais l'habitude aidant, il va de soi que la VO est la seule qui soit recommandée. Et là, ce sont les enfants qui seront moins contents.

Rang : C

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Prédictions  

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Mais qu'est-il donc arrivé à Alex Proyas ? Comment un réalisateur à l'origine d'un chef-d'oeuvre comme Dark City peut-il tomber si bas ? On avait déjà senti un coup de mou il y a quelques années avec I, Robot, film de science-fiction devant son salut à de bons effets spéciaux quoiqu'inégaux et surtout à Will Smith. Avec Prédictions, Proyas met les deux pieds dans un plat nommé "blockbuster américain bête et méchant" et va tranquillement s'installer aux côtés d'un Le Jour où la Terre s'arrêta dans la catégorie "Films SF à oublier".

Il est question du jeune Caleb participant à la fête de son école, au cours de laquelle une cérémonie consiste déterrer une capsule temporelle contenant les dessins placés par les élèves 50 ans plus tôt. Ils avaient pour thème d'imaginer ce que serait le futur d'ici à ce que leurs oeuvres soient vues. Des navettes spatiales, des maisons dans l'espace... Tout ce que l'on peut imaginer se trouve sur ces dessins, sauf sur un : Caleb hérite d'une feuille où sont inscrits plusieurs chiffres à la suite sans qu'on ne comprenne leur signification. Son père, John, professeur et statisticien brisé par la mort de sa femme un an plus tôt, s'amuse à deviner le sens de ces chiffres jusqu'à ce qu'il découvre avec stupéfaction que ceux-ci prédisent dans l'ordre exact toutes les grandes catastrophes que l'humanité a connu, du 11 septembre 2001 à Nicolas Sarkozy président (non, là je plaisante). Reste à John à comprendre l'existence de ces prédictions mais surtout à trouver le moyen d'empêcher les trois qui ne se sont pas encore réalisées, car la dernière conduit tout droit à l'apocalypse et à l'extermination de l'espèce humaine.


Une trame explosive qui promet un divertissement de haute volée jusqu'à ce que plusieurs détails sur lesquels il est difficile de fermer les yeux viennent assombrir le tableau et gâcher notre plaisir.

Tout d'abord le scénario, convenu au possible, avec ses fausses surprises d'une part pour qui connait bien la filmographie de Proyas, ce dernier explorant à nouveau (ressassant ?) les thèmes qui lui sont chers, et d'autre part à cause d'une mise en scène trop appuyée, caractérisant l'étrangeté omnipotente en délations caricaturales. Comprendre que le spectateur est un neu-neu qui a besoin de quinze couches de surlignage pour deviner les choses. Perdu. D'autant que le long métrage, doublé d'une agaçante propagande scientologique, perd le semblant d'intérêt qu'il avait dans sa première moitié avec ce personnage de père rongé par la souffrance, n'arrivant pas à faire son deuil mais devant garder le cap pour son fils, pour se diriger vers une seconde partie peu élaborée, où le spectaculaire n'a d'égal que l'absurdité du dénouement.

Difficile de ne pas être gêné par le problème d'étolonnage présent tout au long du film, particulièrement dans l'incipit, avec cette recherche formelle constante au détriment de tout le reste. Proyas cherche une noirceur adéquate à son récit mais rend une copie inachevée, aux couleurs faussement apocalyptiques, avec un grain de l'image ayant attrait à un mysticisme désué et obsolète. Voir Silent Hill de Christophe Gans pour s'en convaincre. Fort heureusement, les scènes de destruction sont particulièrement réussies et impressionnantes, à se demander si leur réalisation est la cause d'un manque de moyens évident quant aux autres plans.


Le clou du spectacle, c'est à Nicolas Cage qu'on le doit. Rien de surprenant du reste tant l'acteur américain n'est plus que l'ombre de lui-même depuis quelques années. Ses derniers films révélaient déjà une absence de dicernement quant à ses choix cinématographiques et mettaient en évidence son manque d'inspiration. Si Lord of War est incontestablement l'une de ses meilleures performances à ce jour, il est regrettable de constater à quel point les Next et autre Ghost Rider sont à des années-lumière de ce qu'il a démontré dans Sailor et Lula, Leaving Las Vegas ou encore Volte/Face. Prédictions ne déroge pas à la règle, tant Cage parait insignifiant et à côté de la plaque. Un rapport avec son incapacité à bien se coiffer depuis plus de trois ans ? On ne se permettra pas. On le pense un peu quand même.


En bref : Avec un Alex Proyas en carence de savoir-faire et un Nicolas Cage aux abonnés absents, Prédictions a des allures de nanar cosmique plutôt que de fable intergalactique. La SF est mise à mal par l'un de ses maîtres, ce qui déçoit davantage que cela n'indiffère. Quelques scènes spectaculaires (merci les effets spéciaux) sauvent l'ensemble et évitent que l'on ne quitte la salle avec le sentiment d'avoir perdu son temps. Du moins, presque.

Rang : D

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La Véritable histoire du Chat botté  

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Ce chat-là manque de chien malgré la présence au générique de deux Deschiens. Et surtout, il ne fait pas rire ! C'est l'un des (nombreux) problèmes de La Véritable histoire du Chat botté, adaptation anachronique et loufoque des contes de Perrault. Un manque d'humour qui ne s'explique pas malgré quelques bonnes idées visuelles, ainsi que des décors et des costumes de toute beauté.

L'animation, à la limite de l'amateurisme, est la seule chose qui fasse doucement sourire tant tout parait maladroit et mal fichu, avec cette désagréable impression que le long métrage nous fait revenir dix ans en arrière. Pire encore, les doublages ne collent pas et sont extrêmement prononcés au point que l'exagération en devient grotesque. C'est avoir bien mauvaise opinion de notre jeunesse que de penser que des pastiches d'imitation suffisent à faire rire, d'autant que le manque de rythme tend à faire piquer du nez malgré une dernière demie-heure plus relevée.

Ajoutez à cela des chorégraphies peu survoltées et un scénario mou du genou pour faire de cette expérience cinématographique un véritable calvaire plongeant dans un ennui total. Ni le graphisme si particulier ni l'idée très décalée d'aborder La traviata ou Carmen avec exubérance histoire de dépoussièrer de grands classiques ne sauvent du naufrage, et l'on en vient très vite à regretter d'avoir donné 1H20 de son temps libre. Soyez sympas, épargnez cela à vos enfants, sauf si vous cherchez à les punir.

Rang : D

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Les 3 royaumes  

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Im-pre-ssio-nnant !

Les 3 royaumes marque le grand retour de John Woo à la tête d'une production chinoise, après un égarement de plus d'une décennie au pays de l'Oncle Sam. Mais quel retour ! Depuis le très moyen Paycheck, le maître de l'action avait disparu de nos écrans, mais là, il fait fort. Presque aussi fort que du temps de The Killer ou d'À toute épreuve. C'est dire. Tom Cruise disait d'ailleurs de lui lors de la promotion de Mission : Impossible 2 "He's the Woo !". Avec ce long métrage au budget pharaonique pour un film made in China (près de 80 millions de dollars tout de même, soit le plus gros budget à ce jour pour ce pays), il est agréable de constater qu'il n'usurpe en rien sa légende.

Adapter le roman de Luo Guanzhong était un vieux rêve pour Woo, qui a attendu d'avoir la technologie et les moyens nécessaires pour porter à l'écran la plus célèbre de toutes les histoires de Chine. L'Histoire des Trois Royaumes a en effet été écrit au XIIIe siècle, mais c'est encore à ce jour le livre le plus populaire en Asie. Néanmoins, le cinéaste chinois admet avoir voulu respecter davantage les évènements historiques, alors que le roman, lui, tend à amplifier l'aspect légendaire du récit dans un souci, on le comprendra, de servir les enjeux narratifs et l'intensité dramatique de l'histoire. Et puis la bataille de la Falaise Rouge ayant eu lieu en l'an 208 après J.-C., on excusera l'inexactitude du livre, et on appréciera l'effort du réalisateur à coller au plus près à la réalité même s'il a repris certains éléments fictifs de l'oeuvre originelle.


Il était donc une fois l'empereur Han Xiandi règnant sur une Chine divisée en trois royaumes. Cao Cao, Premier ministre ambitieux et impitoyable, rêve de s'emparer du trône et convainc Han Xiandi d'attaquer Shu, le royaume du sud-ouest dirigé par Liu Bei, un valeureux combattant privilégiant la sécurité de son peuple avant tout. Sur le point d'être défait, Liu Bei dépêche son conseiller militaire Zhuge Liang, un érudit et tacticien hors pair, afin d'entamer des négociations avec le roi Sun Quan dans le but d'unir leurs forces. Ce dernier, Haut Seigneur de Wu, rêve de grandeur pour son royaume. Il se laisse convaincre lorsque le vice-roi Zhou Yu et Zhuge Liang sympathisent, et voit avec cette alliance une opportunité de se dresser contre Han Xiandi et son Premier ministre. Mais Cao Cao, apprenant l'existence du pacte contracté entre les deux royaumes, décide d'envoyer une force de 800 000 hommes et 2000 navires pour écraser les ennemis de l'empereur. Une supériorité numérique surpassant de loin les forces de Shu et de Wu, mais le génie tactique de Zhuge Liang et Zhou Yu combinés permettra de contrecarrer les désirs de conquête de Cao Cao et fera de cette bataille la plus marquante de l'Histoire de Chine. Une leçon indélébile et intemporelle qui rappelera à tous que l'esprit triomphe du muscle.

Voilà de quoi il est question avec Les 3 royaumes. Une fresque épique majestueuse comme on en avait plus vu depuis Kingdom Of Heaven, une super-production ayant tout emporté sur son passage en Asie, délogeant Les Seigneurs de la guerre du trône qu'occupe le plus grand succès au box office là-bas.

Il faut dire que tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce film bien plus que le simple retour au pays d'un réalisateur ayant relancé l'industrie du cinéma d'action HK dans les années 80. Outre un budget conséquent, le casting des 3 royaumes est tout simplement éblouissant. Il y a tout d'abord Tony Leung Chiu Wai, l'inoubliable Yan d'Infernal Affairs, l'irrésistible matricule 663 de Chungking Express, le dangereux Lame brisée de Hero. À ses côtés, Takeshi Kaneshiro, le tueur à gages inflexible des Anges déchus, le très drôle Miyamoto de The Returner, le bouleversant Lin Jian Dong de Perhaps Love. Rien qu'avoir ces deux noms réunis sous une seule et même bannière assure à un film de beaux lendemains. Ils ne sont pas les seuls artistes de l'illusion théâtrale à briller, puisqu'on retrouve également au générique Chang Chen (Tigre et dragon, 2046, Three times), ainsi que Zhang Fengyi (Adieu ma concubine), Hu Jun (Infernal Affairs), ou encore Zhao Wei (Shaolin Soccer). Quand on pense que Chow Yun-Fat devait également faire parti du casting, l'on comprend à quel point Les 3 royaumes est une entreprise envisagée avec beaucoup de sérieux.


Dès les premières minutes, on est bluffé. Bluffé de constater avec quelle extrême minutie John Woo met en place une intensité dramatique omnipotente. En prenant le soin de présenter un à un de manière quasi-théâtrale chaque protagoniste important de son histoire, le metteur en scène s'attache à développer ce qui a donné une couleur particulière à son cinéma depuis ses débuts : la dimension héroïque de ses personnages. En même temps, son passage aux États-Unis a quelque peu modifié sa griffe. S'il est vrai qu'il continue à travailler sur la dualité de ses personnages, on sent que ses aspirations ne sont plus tout à fait les mêmes. Woo semble davantage préoccupé par le besoin de rendre accessible à tous un héritage culturel propre au peuple chinois en le maquillant un rien de blockbuster hollywoodien, c'est à dire en favorisant l'aspect spectaculaire grâce à un savant dosage de simplicité et de virtuosité, là où il aurait fut un temps privilégier uniquement l'action.

Ce besoin de partager des idéaux chinois avec une ampleur mirifique en lorgnant du côté du grandiose hollywoodien et en s'écartant d'un cinéma des arts martiaux propre à l'Asie se constate tout d'abord dans le soin apporté aux décors et aux effets visuels du film. D'une beauté saisissante, les lieux trouvés par John Woo permettent de magnifier l'impact de chaque plan sur notre rétine. D'autant que plusieurs champs de bataille sont explorés et permettent de diversifier à la fois les paysages et en même temps le type-même de bataille, puisqu'en plus des joutes armées, un combat naval dantesque vient s'immiscer entre deux coups de lance. Bref, Woo a vu tout en grand, et on ne s'en plaindra pas, bien au contraire.


Cependant, ce qui laisse avant tout pantois est la mise en scène dynamique et pleine de fureur du cinéaste. Ses scènes d'action, longues et complexes, sont pourtant d'une incroyable lisibilité au point de n'en perdre aucune miette. Aucun plan n'apparait superflu, tout a un but et tout conduit à faire entrer le spectateur dans le feu de l'action. Là où il y a une vingtaine d'années Woo aurait utilisé à outrance un ralenti stylisé, aujourd'hui la forme semble enfin être en parfaite adéquation avec le fond. D'autant que la sa patte s'est étoffée depuis, avec des fondus enchaînés et des surimpressions d'un lyrisme à couper le souffle. Le cinéma de Woo a évolué, on sent avec Les 3 royaumes qu'il a trouvé d'autres clés pour prolonger l'impact dramatique de certaines scènes. À bientôt 63 ans, réussir à conserver tant de nervosité tout en réussissant à gommer les défauts rémanents inhérents à son esthétique est tout simplement formidable.

Plus encore, être devant Les 3 royaumes, c'est avoir l'impression de lire en temps réel L'Art de la guerre de Sun Tzu tant le long métrage se penche sur chaque aspect décrit dans le tout premier traité de stratégie militaire, de la question du morale des troupes aux tactiques guerrières efficaces (lire le douzième chapitre intitulé "De l'art d'attaquer par le feu", et vous comprendrez en regardant le film à quel point John Woo et son équipe ont fait des merveilles). Apportant un cachet des plus réalistes, cette myriade de génie stratégique donne à voir également des scènes de combat spectaculaires et imposantes, comme celle où l'armée de Cao Cao se retrouve enfermée dans un carcan de lances et de boucliers à faire pâlir les stratégies romaines. En une séquence, tout ce que l'on a pu voir jusqu'à présent au cinéma est balayé d'un simple geste, les batailles de Braveheart ou de Gladiator apparaissant comme de simples esquisses devant une telle maîtrise et et une telle preuve d'inventivité visuelle pour rendre compte des larmes et du sang laissés sur le champ de guerre.


Alors pourquoi ne peut-on pas savourer pleinement la renaissance d'un maître dans un cinéma qui nous manquait tant ? Pourquoi Les 3 royaumes n'est pas le film de l'année ? Tout simplement parce que nous autres occidentaux n'avons pas hérité de la bonne version. En effet, la version internationale du long métrage actuellement sur nos écrans français ne dure que 2H25, alors que la version asiatique se décline en deux films d'une durée totale de 4H40. Soit 2H15 de film ayant tout simplement été supprimé ! Et il est difficile de ne pas voir qu'il y a un réel manque tant cette version est clairement orientée vers l'action au point de faire perdre à cette histoire une grande partie de sa dimension politique et humaine. Une essence que l'on sent esquintée par un montage sensé nous plaire davantage, mais qui au final laisse dubitatif sur la vision qu'ont les producteurs chinois sur les spectateurs occidentaux. Dommage, vraiment dommage.

Qu'à cela ne tienne, ne boudons pas notre plaisir et profitons de cette variante éducolorée en attendant de voir peut-être un jour atterrir dans nos vertes contrées la version ultime de ce chef-d'oeuvre en puissance qu'on ne peut décidemment pas louper sous peine de louper l'un des plus grands films d'un homme qui, s'il n'a pas révolutionné le cinéma comme un Coppola ou un Lucas, n'en a pas moins marqué son temps.

John Woo espérait faire avec Les 3 royaumes un film où le public occidental aurait le sentiment de regarder une "guerre de Troie asiatique". Qu'il se rassure, il a fait bien plus que cela.
Après tout, "he's the Woo !"


En bref : Les 3 royaumes est en chef-d'oeuvre en puissance, une ode guerrière au cinéma d'action avec une grâce et une fureur renversantes de virtuosité et de candeur. La déclaration d'amour de John Woo au cinéma bien qu'amputée d'une grande part de son essence dans sa version internationale. À ne louper sous aucun prétexte.

Rang : A

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[Box Office semaine 13] Une étoile au firmament !  

Posted by Azariel in

Semaine 13, vendredi 13... Superstitions de bonnes femmes ou moeurs aliénables, une chose est sûre, il m'arrive d'être atteint d'amblyopie lorsque je pose mon regard sur les chiffres de la semaine. Parfois à cause de la surprise de voir des navets faire tant d'entrées, parfois parce que de très bons films touchent le fond du classement. Je songe à me mithridatiser afin d'arrêter de rouscailler, mais j'ai bien peur qu'il n'est nul immunité contre le (dé)plaisir d'étudier les résultats du box office.


The Top :
  • Coco continue sur sa bonne lancée, malgré une baisse de fréquentation de 66%. Le film devrait sans peine atteindre les trois millions d'entrées dans les deux prochaines semaines, assurant à Gad Elmaleh un succès de rang pour sa première réalisation.
  • Seconde place pour La première étoile dès sa première semaine d'exploitation, coiffant au poteau Duplicity de presque 150 000 entrées. Comme quoi, avoir un casting 3 étoiles n'est pas toujours suffisant.
  • Gran Torino continue de faire son bonhomme de chemin, et après cinq semaines à l'affiche, le film de Clint Eastwood flirte avec les trois millions d'entrées. Ce serait un moindre mal pour une oeuvre aussi vibrante et puissante ! Si vous ne l'avez pas encore vu, un conseil : allez vous pendre, et arrêter de lire CinéBlog. Pourquoi ? Parce que vous n'en êtes pas digne (Wayne, si tu nous lis... Giga teuf mec !)
  • Les 3 royaumes devient le plus gros succès chinois de John Woo sur notre territoire, avec 246 290 places occupées. Un film qu'il me tarde de découvrir dans sa version asiatique tant la version occidentale perd beaucoup de la substance originelle d'une oeuvre puissante et majeure dans la carrière du maître de l'action.
  • 11 semaines, et toujours là (bis). Slumdog Millionaire continue de truster une place du Top 10 de notre box office et prouve que ses Oscars ne sont pas volés. À vous en faire visiter les kathakalis tant le film de Danny Boyle semble vous plaire !

The Flop :
  • Étonnant que Le Chihuahua de Beverly Hills ait réussi à figurer à la huitième position. Néanmoins, avec 119 666 fanas de cette sous-race de raton (vous n'allez pas appeler ça un "chien", tout de même ?), on peut tabler sur une disparition dans les néants du box office dès la semaine suivante (pour y voir figurer Dragonball Evolution par exemple ... Pas sûr qu'on y gagne au change...)
  • Watchmen - Les Gardiens chute pour atterrir à la douzième place. Avec 53 045 entrées cette semaine pour un total de 735 968 fauteuils occupés, le film de Zack Snyder est loin de faire les recettes que l'on pouvait attendre de lui. R.I.P. les films classés R...
  • Un manque d'intérêt inexplicable, celui des français pour La fille du RER, très bon film de Téchiné que CinéBlog vous recommande chaudement. Treizième et 147 617 entrées en deux semaines, le film risque de disparaître assez rapidement de l'affiche, donc ne tergiversez pas et foncez le voir : les bons films français sont si rares !
  • Le retour d'Isabelle Adjani sur grand écran, faut croire qu'il n'y a que la presse qui en a à faire. Les français, eux, ont parlé : 38 047 entrées pour La Journée de la jupe, quinzième au box office, grosso merdo, son retour, on s'en balance. Certes... (pas encore vu, je ne peux pas me prononcer)
  • L'Enquête - The International fait un gros plouf puisqu'il atterrit à la dix-neuvième place avec 26 912 entrées pour une carrière de 264 050 entrées en trois semaines. Clive Owen va finir par se faire des cheveux blancs. Restera-t-il toujours aussi séduisant ?

N'hésitez pas à donner votre avis sur le box office de cette semaine (ou sur les commentaires), cela nous intéresse. On se retrouve la semaine prochaine avec toujours plus de mots à aller consulter dans un dictionnaire pour comprendre ce que je dis (oui, oui, faites pas semblants, je vous ai vu l'ouvrir là !)