L'Enquête - The International  

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Clive Owen interprète dans L'Enquête - The Internationale un agent d'Interpol qui s'associe au procureur adjoint de Manhattan Naomi Watts pour traquer et faire tomber les dirigeants de l'International Bank of Business and Credit, une multinationale tentaculaire cherchant à contrôler le monde en contrôlant les dettes de celui-ci. Cela passe par le blanchiment d'argent et autres opérations finançières peu légales.

En somme, les bad guys sont des banquiers et non de vilains islamistes extrêmistes. De là à voir un quelconque écho avec l'actualité et la crise dans laquelle nous nous trouvons, il n'y a qu'un pas. Une idée intéressante car ambitieuse qui va hélas être très vite sacrifiée sur l'autel de l'action à cent à l'heure. Tom Tykwer part sur de bonnes bases mais privilégie au fur et à mesure le spectaculaire à la complexité de sa trame, jusqu'à en perdre la substance de vraisemblance scénaristique. Ou comment passer d'un thriller financier bien rôdé à un film d'action bournien, le talent de Greengrass pour conjuguer à la fois intrigue et action en moins.

Reste de très belles scènes venant pimenter les enjeux esthétiques et rythmiques du long métrage, particulièrement la séquence de la fusillade au musée Guggenheim, ainsi que la course-poursuite finale, d'une rare beauté. Tykwer sait y faire, et il le prouve ici. On apprécierait la prochaine fois qu'il récidive avec des acteurs davantage mis en valeur (l'intérêt de Naomi Watts dans ce film ?) et une envie de raconter une histoire plutôt que de faire comme si. Une fausse note qui prête à sourire sur un scénario qui donne à réfléchir.

Rang : C

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Watchmen - Les Gardiens  

Posted by Azariel in

États-Unis, 1977. Une loi interdisant aux super-héros d'exercer est votée suite à une grève de la police et aux émeutes qui s'en sont suivies. Après une ère de plusieurs décennies sous leur regard vigilant, capes et masques doivent être mis au placard.

Même endroit, 1985. Nixon enchaîne les mandats comme on enfile les perles. La Guerre Froide bat son plein et l'Amérique est sous la menace constante d'une attaque nucléaire soviétique pouvant déclencher à tout instant une Troisième Guerre mondiale. Ce qui les retient : Jon Osterman, plus connu sous le nom de Dr Manhattan, un savant victime d'une expérience scientifique malheureuse, doté de pouvoirs quasi-divins.

Dans cette réalité alternative, le monde danse une valse effrénée avec l'Apocalypse. Pourtant, certains Gardiens veillent encore. Rorschach continue dans l'ombre de combattre le crime malgré les lois. Et lorsque l'un des leurs est sauvagement assassiné, il tentera de rassembler les Watchmen pour découvrir qui est le meurtrier. Une entreprise nécessaire car il se dessine un complot pour les discréditer et les éliminer un à un.


Bienvenue dans l'univers sombre et torturé de Watchmen - Les Gardiens.

"We're all puppets, Laurie. I'm just a puppet who can see the strings"

Imaginé par le scénariste Alan Moore, Watchmen nait sous les coups de crayon de Dave Gibbons et est publié entre septembre 1986 et octobre 1987 à raison d'un chapitre par mois (soit douze chapitres). Ces chapitres sont réunis de 1987 à 1988 en six tomes et chaque tome porte le nom d'un des Watchmen.

Plusieurs particularités sont notables tant sur la forme que le fond : l'utilisation de la première personne pour conter l'histoire, les neuf vignettes par page privilégiant les formats verticaux, une narration non-linéaire due aux nombreux flash-backs dépendant de plusieurs points de vue et permettant d'éclairer les évènements présents, une histoire de pirates s'entremêlant avec la trame principale se déroulant parallèlement à celle-ci car issue d'une histoire qu'un des personnages secondaires se plait à lire, jusqu'au chapitre consacré à Rorschach (tome 3) construit comme un palindrome. Et puis il y a les héros, aux antipodes de la vision que les autres productions leur conféraient. Torturés, psychotiques, amoraux, vieillissants, névrosés, sexuellement perturbés, corruptibles, ou encore en proie au doute, ils sont surtout plus humains que jamais.

Une richesse et une profondeur sans nul autre pareil qui permit à Watchmen d'être encore à ce jour le seul roman graphique à être entré dans le Top 100 des "Meilleurs romans de la langue anglaise depuis 1923" du Time Magazine, de recevoir le prix du meilleur album étranger au Festival international de la BD d'Angoulême en 1989, et d'être la première bande dessinée à recevoir le prestigieux prix Victor Hugo en 1988. Excusez du peu ! Mais plus encore, Alan Moore donna aux côtés de Frank Miller un nouveau souffle au genre, le comic-book manquant singulièrement de maturité en ce temps.

"Once you realize what a joke everything is, being the Comedian is the only thing that makes sense"

Il faut dire que Moore est loin d'être un novice en la matière. D'abord illustrateur dans les magazines musicaux Sounds et NME où il produisit des strips underground, il comprend bien vite que son avenir n'est pas dans le dessin et décide dès 1979 de prendre la plume. Après le succès retentissant de V for Vendetta en 1983, DC Comics dit "banco !" et engage fissa Moore pour revisiter la série de comics Swamp Thing à la demande de son créateur Len Wein. Nouveau succès pour Moore.
Il écrit par la suite plusieurs scénarios pour d'autres titres de DC Comics, posant sa griffe sur Superman, Green Arrow, et surtout Batman (Batman : The Killing Joke réalisé avec Brian Bolland en 1988). Mais c'est sans conteste avec Watchmen qu'il se fait un nom au sein de la société, son oeuvre dense et complexe marquant les esprits de milliers de lecteurs américains élevés au milieu de la course au nucléaire, en pleine Guerre Froide. Toute uchronie que le roman graphique soit, il eut un impact sans précédent au point qu'on le considère aujourd'hui comme le meilleur comic-book de tous les temps. Il était donc logique qu'Hollywood finisse par faire les yeux doux à DC Comics pour en obtenir les droits...

À la fin des années '80, une première tentative d'adaptation cinématographique est mise en chantier. Sous la houlette du producteur Joel Silver, le projet aurait dû se voir concrétiser grâce aux mains expertes de Terry Gilliam, heureux papa du mémorable Brazil, avant que tout deux ne jettent l'éponge, le premier faute de financement, le second faute de courage.
L'adaptation est pourtant toujours souhaitée, et Darren Aronofsky est un temps envisagé avant que les producteurs ne se retournent vers... Terry Gilliam ! Nous sommes en 1996 et Gilliam est prêt à tenter l'aventure à condition de faire un long métrage d'au moins 3H30. En face, on fait la moue. Paul Greengrass est alors contacté pour faire de Watchmen son avenir post-Jason Bourne.
Mais le projet passe sous la bannière de Warner Bros. grâce au producteur Lawrence Gordon qui négocia un accord avec la Fox pour obtenir l'attribution des droits du roman. 300 est alors en post-production et la Warner est satisfaite du travail accompli par son metteur en scène Zack Snyder. Elle se tourne donc naturellement vers lui pour accomplir la tâche herculéenne (car jugée longtemps inadaptable) d'adapter Watchmen sur grand écran. Snyder, pourtant fan du roman graphique, refuse dans un premier temps. Il a déjà assez à faire avec 300 et la vision du studio lui déplait singulièrement : un film d'1H40 à tout casser, l'action se déroulant de nos jours et la toile de fond étant le terrorisme. Et puis, le coeur finit par parler, Snyder donne son aval à condition que l'on ne trahisse ni le contexte ni l'époque utilisés par Moore, que le film soit plus long que le studio ne le souhaitait, et que le budget soit de 150 millions de dollars. La Warner finit par dire "Amen" à tout sauf sur la dernière close, le budget étant ramené à 100 millions de dollars (à titre de comparaison, 300 en a coûté 60 millions).

Trois ans plus tard, Watchmen - Les Gardiens déboulent dans les salles obscures. Verdict ?


Que les fans se rassurent, l'adaptation cinématographique est fidèle à l'oeuvre mythique d'Alan Moore et Dave Gibbons. Si certains changements sont notables, l'esprit y est et les retouches, souvent nécessaires, se trouvent être toutes judicieuses et bien pensées. À titre d'exemple, l'intrigue autour de Dr Manhattan devait voir l'intervention d'extraterrestres, et l'intrigue secondaire liée aux pirates a tout simplement été laissée de côté.

Malgré tout, compresser 12 volumes foisonnant de trésors et de merveilles en seulement 2H43 n'est pas sans dégât : la complexité des intrigues principales du roman est grandement allégée au point d'en perdre une grande partie de leur substance, à commencer par l'enquête de Rorschach à la poursuite d'un éventuel tueur de super-héros. Pas assez appuyée, la conspiration présumée n'est jamais réellement palpable et l'on sent déjà le script tendre trop rapidement vers une nouvelle trame. De même, s'il n'y a nul besoin de connaître de long en large le chef d'oeuvre originel, force est de constater que Snyder ne s'arrête pas suffisamment sur la distinction entre les Minutemen (le premier groupe de super-héros formé en 1939 et dissous en 1949, le nom de l'équipe renvoyant à l'histoire de la guerre d'indépendance et aux membres de la milice des treize colonies qui jurèrent d'être prêts à combattre dans les deux minutes si besoin est) et les Watchmen, au point que la confusion règne un long moment dans l'esprit du spectateur, peu aidé par les trop nombreux flash-backs de la première moitié du long métrage et la présence dans les deux groupes du Comédien.

Autre non-dit qu'il aurait été pertinent de souligner, l'univers des Watchmen a de particulier qu'il prend à contre-pied les autres univers où super-héros et super-vilains font partis du quotidien des êtres humains. Ici, seul Dr Manhattan dispose de super-pouvoirs, à savoir un contrôle absolu sur la matière au point d'être à même de lire les évènements à travers le temps. Les autres ne sont que bien équipés, habiles, agiles, intelligents, costauds, ou tout au plus experts en arts martiaux. Pas de force surhumaine donc. Et pourtant, le premier combat où l'on voit Le Comédien se défendre dans son appartement sous-entend l'inverse. Idem avec le combat final, où le bad guy éjecte comme bon lui semble les deux adversaires lui faisant face.

"Don't worry. Won't insult legendary underworld solidarity by suggesting you surrender name without torture"

Et c'est bel et bien là que l'on touche du doigt le principal problème de Watchmen - Les Gardiens, inhérent à la mise en scène tape-à-l'oeil de Zack Snyder : on est toujours dans le "too much", sur tous les plans du film. Les combats sont violents à l'extrême, et si cela donne des scènes de pugilat jouissives, l'écart avec l'univers devient trop important et l'incohérence guette. De plus, si la plupart des grands cinéastes ont compris que les effets spéciaux devaient être sollicités pour le bien du film, trop rapidement Snyder met le film au service des effets spéciaux. En résulte une grande démesure dans l'emploi des images de synthèse durant la seconde moitié du film, qui plus est pas toujours en harmonie avec la première au point de créer un choc entre deux esthétiques disctinctes dans le même métrage. La séquence se déroulant sur Mars illustre parfaitement ce propos, elle est la quintessence d'une fuite incompréhensible des prises de vue réelles.
Si la qualité des effets visuels est éblouissante, on déplorera néanmoins que le personnage du Dr Manhattan, créé entièrement en images de synthèse par le biais de la performance capture, ne soit pas plus impressionnant. Il est au mieux autant réussi que La Torche dans Les 4 Fantastiques, ce qui n'est pas vraiment un compliment.

Ne boudons pas notre plaisir pour autant et faisons fi de cette surrenchère qui, bien que gênante, n'altère en rien les qualités intrasèques au roman graphique et à la patte de Zack Snyder. À commencer par les nombreux clins d'oeil au cinéma hollywoodien, en particulier la séquence culte d'Apocalypse Now sous fond de Chevauchée des Walkyries de Richard Wagner, convoquée ici dans une relecture très "watchmenienne" avec en lieu et place des hélicoptères un Dr Manhattan atomisant du Vietcong. Des références comme celle-ci, Watchmen - Les Gardiens en est abreuvé jusqu'à plus soif pour le plus grand plaisir des cinéphiles.

"Hell, I guess I must look pretty Devo, right ?"

On peut également apprécier le fait que la violence propre à la vision de Moore soit parfaitement restituée dans le long métrage, sexe et violence étant le parfait reflet de la décadence du monde devant lequel nous faisons face non sans raison puisque les connivences avec le nôtre sont légions. Un miroir tendu vers le spectateur usant du pantomime "Et si..?" face à des évènements réécrits qui auraient pu avoir lieu. Car si l'oeuvre est complexe, elle n'en est pas moins excitante. Et la part de réflexion qu'exige Watchmen à sa lecture se retrouve dans son adaptation sur grand écran. Plus que nécessaire, ce visage à multiples facettes est essentiel. Sa présence est donc salutaire, car Watchmen - Les Gardiens n'aurait pas été Watchmen sans. On savourera par exemple la présence d'une scène comme celle où Le Comédien tente de violer Sally Jupiter là où d'autres l'auraient mis à la trappe. On regrettera par contre que le thème central symbolisé par un smiley revenant de façon récurrente ne soit davantage explicité. Un smiley matérialisant tout simplement le sens de la vie dans le chaos de l'univers et donnant plus de poids au "It's a Joke !" d'un Edward Blake face à son destin.

Snyder voulait coller au plus près au matériau de base, et pour ce faire, il n'hésita pas à faire comme pour 300 en composant son storyboard à partir des planches de dessin de Gibbons. Une fidélité qui se ressent jusque dans les dialogues, aussi savoureux qu'incisifs. Entendre Rorschach dire : "None of you understand. I'm not locked up in here with you. You're locked up in here with me !" est en tout point délectable.
Il faut dire que le casting, bien qu'inégal, est aussi l'un des nombreux points forts du film, et pas seulement grâce à Zack Snyder ou à Kristy Carlson, sa directrice de casting. En effet, la surprise vient de Jackie Earle Haley, impressionnant dans la peau de Walter Kovacs alias Rorschach. Sa voix granuleuse imprègne le film tout du long, et l'absence du personnage à l'écran devient très rapidement une véritable tourmente. Jeffrey Dean Morgan, un temps échappé de la série à succès Grey's Anatomy, n'est pas en reste non plus. Sa prestation du Comédien est en tout point magistrale et confirme le talent de ce comédien, déjà lumineux dans Live ! et Un mari de trop. Si Malin Akerman en Spectre Soyeux et Patrick Wilson incarnant Le Hibou soutiennent la comparaison, c'est déjà beaucoup moins le cas concernant Matthew Goode alias Ozymandias, pourtant personnage ô combien essentiel dans la mythologie Watchmen. On regrettera également le manque d'inspiration de Carla Gugino, plus en verve dans l'adaptation de Sin City.
Pour la petite anecdote, des acteurs comme Joaquin Phoenix, Jude Law, John Cusack ou encore Tom Cruise avaient exprimé le désir d'incarner le personnage du Hibou, tandis qu'était envisagé un temps Simon Pegg dans la peau de Rorschach. L'attribution du rôle de ce dernier a par ailleurs une bien jolie histoire, puisqu'on murmure que bien avant que Snyder n'établisse le casting du film, des fans sur internet avaient envisagé les interprètes idéals où Jackie Earle Haley étaient selon eux le parfait Rorschach, influant sur la décision finale du cinéaste. On remerciera donc les internautes pour ce choix plein de bon sens.


Le réalisateur déclarait récemment que "si, au final, Watchmen est considéré comme une bande-annonce de 2H30 pour le livre, ce sera ma plus belle récompense". Qu'il se rassure, c'est le cas et bien plus encore. Il n'y a qu'à admirer le générique de début, sidérant, ou s'étonner du choix de la bande originale, décalée mais encrée à l'époque, pour s'en convaincre. Si Gibbons s'est déclaré impressionné par le travail accompli pour donner vie au roman graphique, il y a fort à parier qu'Alan Moore restera indifférent, comme il l'a toujours été avec les adaptations cinématographiques de ses oeuvres. Il aurait tort, car pour une fois, un cinéaste a réussi à respecter tant l'univers que l'esprit malgré les nombreuses imperfections propres au format et au zèle de Snyder. Mais après tout, tant que nous, nous y trouvons notre compte !


En bref : Watchmen - Les Gardiens se révèle être une adaptation du célèbre comic-book éponyme aussi démesurée qu'excitante. Zack Snyder plombe malheusement son film en versant trop souvent dans le "too much" et en laissant de trop nombreuses zones d'ombre, mais les qualités narratives et filmiques sont passionnantes. Doté d'un casting bien pensé dans l'ensemble, le long métrage s'avère être autant une bonne surprise qu'une déception. À vous de faire la décision.

Rang : B

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Le Code a changé  

Posted by Astraal in

Le Code a changé, c'est l'histoire d'un dîner qui emmerde plus ou moins tout le monde mais pour lequel ce monde en question va s'efforcer de faire bonne figure quitte à prendre le risque de se retrouver dans une situation pour le moins explosive.
Entre Juliette (Marina Hands), la soeur de l'hôtesse, qui ne veut plus voir son père (Pierre Arditi) et qui est accompagnée de son petit ami Erwann (Patrick Chesnais) qui a l'âge de celui-ci, Marie-Laurence (Karin Viard), l'hôtesse, mariée à Piotr (Dany Boon) mais qui le trompe avec Jean Louis (Laurent Stocker) ou encore les autres invités qui trimballent chacun une casserole de ce type, vous comprendrez facilement le problème que peut constituer un dîner qui regroupe tout ce beau monde.

Avec ce film choral on attend donc surtout de Danièle Thompson des dialogues savoureux et cinglants à la hauteur de sa fructueuse carrière de scénariste qui s'étend de La Grande Vadrouille en 1966 à Fauteuils d'orchestre en 2006 en passant par d'innombrables succès comme La Reine Margot (1994), Paparazzi (1998), ou La Bûche (1999) par exemple.
Mais la réalisatrice prend doublement le spectateur à revers.
Tout d'abord, le film prend initialement l'allure d'une franche comédie mais laisse finalement place à une histoire qui sacrifie un comique explosif au profit de situations plus dramatiques.
D'autre part, on s'attend plus ou moins à un huit clos centré uniquement sur le dîner alors que le film montre surtout les conséquences de celui-ci dans l'année qui suit avec l'incorporation de flash-backs de la soirée en question de manière fractionnée.
Si le second point peut finalement se concevoir comme positif et intelligemment mis en scène, le premier n'en reste pas moins regrettable.
Nos dialogues savoureux ne sont présents que par moments et le film frôle un peu trop souvent l'ennui pour que l'on sorte réjoui de la séance comme on a pu en sortir de celle d'un Dîner de cons en 1998 par exemple.

Un regroupement d'acteurs pour le moins réjouissant !

Heureusement un point essentiel vient sauver le film de manière flagrante : les acteurs.
En effet ce regroupement de stars du cinéma français fait mouche et l'harmonie de la composition collective permet de contrebalancer les faiblesses du scénario et de rendre ce dîner plutôt détonnant.
Que ce soit Patrick Chesnais en amoureux transi de Marina Hands, Marina Foïs et Patrick Bruel qui auront rarement été si justes dans leur jeu ou encore Emmanuelle Seigner, belle à en faire tourner la tête de Dany Boon, ils donnent le meilleur d'eux-même pour vous faire passer un bon moment et vous changer les idées tout en tournant en dérision une situation banale que tout le monde a vécu ou pourrait vivre : le dîner rébarbatif qui va finalement prendre une tournure et une ampleur inattendues.

Un film qui plaira ou pas selon ce que l'on en espère.
Si vous vous attendez à un chef d'oeuvre de finesse ou à un film qui vous tiendra hilare de bout en bout, vous serez bien déçu.
Si vous pensez en revanche qu'il s'agit d'une énième réunion d'acteurs fameux qui viennent parader pour faire leur publicité ou s'illustrer dans un récital grotesque et vulgaire sans saveur (qui a dit les Bronzés 3 ?), vous serez agréablement surpris.

En bref : Un film qui fait sourire, rire de temps à autre, et qui peut attendrir également mais qui reste malheureusement trop inégal et pas toujours assez fin dans son passage de la comédie vers le drame ou l'inverse pour réellement fonctionner.

Rang : C

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Harvey Milk  

Posted by Azariel in

Pourquoi ce biopic sur Harvey Milk, premier homme politique américain ouvertement gay à être élu à des fonctions officielles dans une Amérique des années 70, pleine de préjugés ? Pourquoi Gus Van Sant s'intéresse-t-il au destin tragique de cet homme alors que depuis 2002 et Gerry, le cinéaste originaire du Kentucky ne s'intéressait qu'à l'adolescence, signant une série d'oeuvres méditatives et expérimentales sur la question ? Pourquoi rappeler un combat vieux de plus de trente ans maintenant ? Bref, pourquoi ce Harvey Milk ?

Parce que cette histoire est l'Histoire, tout simplement. Parce qu'il n'est jamais inutile de rappeler qu'il y a trente ans, la communauté gay au sens le plus noble du terme naissait grâce au courage d'un seul homme. Parce qu'il n'est jamais inutile de rappeler qu'il y a trente ans des gens étaient violentés et même tués pour la seule raison d'être différents. Parce qu'il n'est jamais inutile de rappeler qu'il y a trente ans, des personnes comme Anita Bryant ou le sénateur John Briggs humiliaient les invertis en défendant des idées telles que la Proposition 6, projet de loi abject autorisant le licenciement des enseignants ouvertement homosexuels. Parce qu'il n'est jamais inutile de rappeler qu'il y a trente ans, ce n'est pas si lointain et qu'aujourd'hui encore la discrimination n'est pas enrayée, loin de là.

Harvey Milk est donc un film plus qu'essentiel, il est nécessaire. Gus Van Sant avait ce projet en tête dès les années 90, imaginant d'abord River Phoenix dans le rôle avant de ne le proposer en 1998 à Sean Penn. Une longue attente qui en vallait définitivement la peine.

"If a bullet should enter my brain, let that bullet destroy every closet door"

Loin des habitudes esthétiques qu'il épousait depuis quelques années, Gus Van Sant revient à une forme de narration plus traditionnelle. Cette mise en scène davantage académique n'est pas sans raison : si le film est conté de manière classique, à travers de nombreux flash-backs, le scénariste Dustin Lance ne s'est attaché qu'aux dernières années de la vie d'Harvey Milk. Contrairement aux autres biopic, il n'est pas question de brasser le plus grand nombre d'années de la vie du personnage principal. Ici, seul compte son combat. Un combat qui commenca à l'aube de ses 40 ans, et continua jusqu'à son assassinat, huit ans plus tard.

Harvey Milk est un film politique dont le sujet aurait pu se suffire à lui-même s'il n'y avait pas eu un grand cinéaste à la barre. Van Sant rend compte avec brio de l'exaltation des années 70, dans tout ce qu'elles avaient de fébriles et de fougeuses. Il pose sa caméra à des endroits où on ne l'attend pas toujours, et use d'images d'archive avec une rare intelligence à un point tel que son approche est quasi-documentaire. Cela n'enlève rien aux qualités filmiques de son oeuvre, mais l'effet propre à l'exposition des faits trouvent une raisonnance tant symbolique qu'historique rendant l'immersion totale. On est instruits, mais on est également touchés. Et qu'importe si les secrets les plus noirs sont passés sous silence ou tout juste murmurés, seules compte la dimension humaine et sociologique de la croisade d'Harvey Milk contre l'intolérance et pour l'intégration de la communauté homosexuelle.

Dis James, on s'embrasse Franco ?

Et au milieu de cette maestria, il y a Sean Penn. En un mot : bluffant. Pas seulement pour sa performance d'acteur, par ailleurs étonnante tant il arrive à imiter de manière saisissante le personnage qu'il incarne, de sa gestuelle à ses mimiques, de son rire aux intonations de sa voix. Mais aussi et surtout parce que son travail met en valeur celui de ses partenaires à chaque séquence, à chaque scène, à chaque seconde. Qu'il s'agisse de son amant James Franco qu'on avait jamais vu aussi inspiré depuis James Dean, ou Emile Hirsch s'aventurant bien loin de ses rôles dans Speed Racer ou The Girl Next Door, chaque échange entre les acteurs laisse pantois au point de coller sur nos rétines des étoiles. C'est aussi pour ça qu'à Hollywood on les appelle des stars.


En bref : Gus Van Sant signe avec Harvey Milk un drame humaniste inmanquable, esthétiquement impressionnant et habité par la présence magistrale de Sean Penn. S'il y avait un biopic à emmener sur une île déserte, ne cherchez plus, c'est celui-là.

Rang : A

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[Box Office semaine 9] Gran Torino makes his day !  

Posted by Azariel in

Un jour, Dieu s'est dit "Bon, j'ai créé l'homme. J'ai créé la femme. J'ai créé un monde pour qu'ils y fassent des galipettes, et même les pommes pour qu'ils puissent connaître d'autres plaisirs que celui de la chair. Je crois que ça suffira". Puis Dieu s'emmerda. C'est que voir Adam et Ève se chamailler sur l'utilité du serpent et des poils sous les bras, c'est pas très intéressant. Du coup, Dieu créa le cinéma. Et comme il ne voyait nul mortel en faire bon usage, il décida de prendre forme humaine pour montrer comment ça marche. Ce jour-là, Dieu se choisit un nouveau nom pour passer inaperçu au milieu des créatures qu'il avait créé. Il s'appela Clint.


The Top :

  • Gran Torino, ou le triomphe de Clint Eastwood. Auréolé déjà du plus grand succès du cinéaste sur ses terres natales, le dernier chef d'oeuvre (parce que c'en est un) du Maître s'installe confortablement en tête du box office français sitôt débarqué sur nos écrans. En espérant qu'il y reste plusieurs semaines durant. Ce ne serait que justice.
  • LOL (laughing out loud) ® continue de nous surprendre en occupant pour la quatrième semaine consécutive le Top 3 du classement des meilleures entrées hebdomadaires françaises. Les trois millions d'entrées n'étant plus très loin, gageons que le film atteigne ce stade dans la semaine qui suit. Si avec ça, vous n'êtes pas d'accord avec moi sur l'aura "Sophie Marceau"...
  • Quant à Volt, star malgré lui, nous ne sommes plus qu'à une touffe de poils de passer le cap des deux millions et demi de fauteuils occupés. Attention cependant à l'arrivée d'un autre toutou bien en chair qui n'a rien à envier à son concurrent numérique.
  • Belle entrée en matière pour Cyprien, qui trouve 360 301 preneurs. Les petites annonces en ont marqué plus d'un, les fans trouveront sûrement leur compte avec le film de David Charhon. Ou pas. Ou pas surtout, d'ailleurs.
  • Effet Oscars oblige, Slumdog Millionaire reste dans la course et ne quitte pas le Top 10 du classement, même si les entrées sont moindre que son ancien concurrent au titre suprême, L'Étrange histoire de Benjamin Button, qui dépasse tranquillement les deux millions d'entrées après quatre semaines d'exploitation (contre sept pour le film de Danny Boyle). C'est David Fincher qui doit être heureux. Nous aussi, du reste.

The Flop :

  • Plus de 200 000 adeptes aux longues incisives pour Underworld 3 : le soulèvement des Lycans, c'est pas mal, mais bien en deçà des résultats des deux premiers volets. Un changement de réalisateur qui n'a pas fait que du bien à la saga. Pour ceux qui regrettent Kate Beckinsale, consolez-vous en vous disant que sa présence n'aurait pas changé grand chose.
  • Autre petit démarrage pour ses débuts, le Bellamy de Claude Chabrol semble ne pas vous convaincre. À moins que cela ne soit Gérard Depardieu qui n'attire plus les foules, tant ses dernières prestations n'ont guère été brillantes. Dans les deux cas, le manque de succès est compréhensible. À parfois trop tirer sur la corde...
  • En revanche, ce que je n'explique pas, c'est le manque d'intérêt pour le petit bijou de Daren Aronofsky, The Wrestler. À peine 200 000 entrées en deux semaines, c'est peu. Trop peu. On a peur des gros durs au coeur tendre et fragile maintenant ?
  • Plus facile à justifier, les 35 101 places de Boy A : avec seulement 60 salles en France exploitant cette merveille cinématographique, logique que celui-ci n'occupe que la très modeste 17ème place du box office. Alors un conseil : avant qu'il ne disparaisse de l'affiche, foncez le voir si vous le pouvez. Pour ma part je l'ai vu trois fois rien que cette semaine, et je ne m'en lasse pas. Vous pouvez me croire sur parole, vous ne le regretterez pas.

Et maintenant, la question du jour : Watchmen - Les Gardiens délogera-t-il Gran Torino de la première place du classement hebdomadaire ? Réponse dans six jours !

Marley & moi  

Posted by Azariel in

"Could you be loved and be loved ?" ; "Ouaf ouaf !"qu'il répond. C'est que le meilleur ami de l'homme a du goût, et en entendant Bob à la radio dans la voiture aux côtés de son maître, Marley a choisi son prénom.
Marley, ce labrador trognon comme tout à en faire soupirer les plus insensibles d'entre nous qu'Owen Wilson offre à sa compagne Jennifer Aniston pour son anniversaire. Pas fou le bonhomme, tant la peur d'être père le titille depuis que sa ravissante femme exprime le désir de passer à la prochaine étape d'un plan de vie idéal bien établi.
Un chien pour gagner du temps, pourquoi pas, puisque dans Marley & moi, cela fonctionne. Ce qui n'était pas prévu, c'est que "Toutou en solde" est une vraie tornade ambulante qui n'obéit à personne et encore moins à ses maîtres. La délicieuse Kathleen Turner s'y cassera d'ailleurs les dents, toute éducatrice teigneuse qu'elle soit.
Pourtant, même le pire chien du monde peut témoigner d'une fidélité et d'une affection infinies, et devenir le ciment consolidant une famille en pleine construction. Il n'y a qu'à se laisser tenter par le long métrage de David Frankel (réalisateur du génial Le Diable s'habille en Prada) pour s'en convaincre.

On pourrait s'attendre à une comédie américaine typique, avec son lot de gags, des allusions dithyrambiques à peine voilées sur l'American way, un happy end portant en triomphe la morale, et peu d'efforts de réflexion demandés au spectateur qui n'aurait qu'à se laisser bercer gentiment devant un bon petit film divertissant et dont on attend guère plus. Et bien perdu. Marley & moi, c'est bien plus que ça. Si cela commence effectivement sur un cliché cinématographique (un homme refusant de passer à l'âge adulte et fuyant les responsabilités a toujours eu le vent en poupe), le mistral change très vite de cap pour transformer astucieusement le Vendée globe en incursion dans la vie d'un couple naviguant loin des fleuves tranquilles.

L'embarras déchoit (en l'occurence, à madame)

On était en droit de craindre une énième relecture de Beethoven, comédie familiale qui du reste ne manque pas de chien. Très rapidement David Frankel met la pédale douce sur les gags canins pour s'intéresser sur une longue période - via une pléthore d'éllipses - au quotidien du couple Wilson / Aniston, le toutou n'étant que le prétexte du voyage auquel nous sommes conviés. Il est le point de vue extérieur, le même que celui du spectateur. Il faut dire que le livre dont est tiré le film prend ce parti, puisque l'auteur John Grogan a écrit ce best-seller pour raconter non pas la vie d'un chien mais la naissance d'une famille, ce qu'elle va vivre, la boule de poils étant autant l'initiateur que l'inhibiteur.

Une place prépondérante occupée par Marley qui facilitera notre attachement à ce personnage quadrupède hors norme, ses gaffes entraînant rires et fous rires. Mais au delà de ça, le film nous invite à réfléchir sur le renoncement, les sacrifices, le mariage, les illusions perdues et même la mort. On s'étonne alors de passer des rires aux larmes, de la réflexion à la contemplation. Et si filmiquement on a déjà vu plus virtuose malgré quelques plans d'ensemble à l'esthétique irréprochable, la tendresse dans laquelle le film nous immerge prend le pas sur tout le reste.

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Une tendresse parfois exacerbée qui deviendra le seul talon d'Achille du long métrage. Le finale est à ce titre la parfaite illustration de cette envie permanente de caresser le spectateur dans le sens du poil, quitte à s'éterniser pour être sûr qu'il n'y a plus de larmes à faire déverser dans l'auditoire. En dépit de cette légère bévue, l'attendrissement nait de notre attachement au couple et à leur chien, parce que l'histoire est humaine avant tout. Une comédie mélodramatique en somme, mais qui fait un bien fou.


En bref : Une rencontre improbable entre Beethoven et la chronique sociale fait de Marley & moi un film ô combien rafraîchissant qui saura vous émouvoir malgré les quelques traces de patte sur le beau tapis. Owen Wilson y est impeccable, et le chien un rien cabotin. Voilà qui plaira aux petits comme aux grands !

Rang : B

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Le Premier cercle  

Posted by Azariel in


Pour Milo Malakian (Jean Reno), la famille c'est sacré. Elle passe avant tout le reste. Son fils Anton (Gaspard Ulliel) en tête. Quitte à vouloir se débarasser d'une petite amie gênante (Vahina Giocante) lui faisant tourner la tête au point de mettre en péril "le premier cercle". Dans une famille arménienne donnant dans le grand banditisme, ces limites sont d'autant plus nécessaires qu'elles sont vitales. Car le danger rôde, le clan étant menacé par un flic hargneux (Sami Bouajila) guettant le moindre faux-pas.

C'est donc au coeur d'une tension extrême que le long métrage de Laurent Tuel nous plonge. Du moins, le croit-on. Car si le scénario semble tout à fait indiqué pour obliger le spectateur à serrer les dents en se questionnant sur le dénouement des conflits latents, les choix de mise en scène et les dialogues noyés par les clichés n'aident en rien à faire décoller le film vers des cimes hautement plus vertigineuses. L'ambiance y est, mais le reste laisse impassible. La confrontation entre le père et le fils ne tient jamais réellement ses promesses et les scènes plus relevées semblent souffrir d'un grand manque de moyens. La dernière scène de braquage où l'action aurait dû atteindre son paroxysme est à l'image du manque d'ambition du Premier cercle, un film qui au final provoque plus de déception que de regrets.

Rang : D

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